En France, on prévoit déjà que, dans dix ans, 50 % des obsèques seront des crémations. Pourquoi, avons-nous changé à ce point nos pratiques funéraires depuis une trentaine d’années ?

 

le columbarium près du jardin du souvenir

Le mur du columbarium , un monument qui nous vient des romains.

 

L’histoire d’une lente révolution

En 1963, le concile Vatican II autorisait officiellement les catholiques à choisir d’être incinérés en dernière volonté. Même s’il reste aujourd’hui difficile à un prêtre de célébrer un cérémonie devant l’urne cinéraire, cette décision favorisa aussitôt la possible adhésion d’un plus grand nombre de familles françaises à cette pratique funéraire. Jusqu’à cette date, la volonté d’être incinéré témoignait d’une liberté, voire d’une opposition, vis à vis des pratiques religieuses.

En même temps, les années 70 marquaient aussi une remise en cause profonde de notre société et le début d’un recul de l’engagement religieux. Avec l’éclatement de la cellule familiale et un mode de vie de plus en plus urbain, où les cimetières ont été rejetés en périphérie, les pratiques funéraires se sont en quelque sorte allégées et libérées des contingences, communautaires ou sociales, d’autrefois. La crémation, véritable « libération funéraire  » est un des nombreux signes de l’évolution des mœurs qui laisse désormais plus de place aux préférences individuelles.

 

Les raisons pratiques

Parmi les partisans de la crémation, la volonté de libérer leur famille des obligations liées à l’inhumation et à la sépulture est souvent associée aux raisons économiques. Il est vrai qu’une incinération suivie d’une simple dispersion des cendres, quand la distance au crématorium n’oblige pas à un long transport du corps, peut s’avérer moins onéreuse qu’une inhumation.

 

Le parti pris philosophique ou écologique

Ceux qui envisagent d’être incinérés le font parfois par choix philosophique. Ils évoquent alors l’ultime sublimation du corps par le feu, vue comme une libération spirituelle. Plus nombreux encore (30 % d’après les enquêtes d’opinion) sont ceux qui se préoccupent de l‘empreinte laissée sur la planète. Dans ce cas, il s’agit autant de « laisser la terre aux vivants », que de se mêler à nouveau, rapidement et harmonieusement, aux éléments qui composent notre univers.

 

Des rituels plus contemporains

Aujourd’hui, les opérateurs des pompes funèbres constatent que les funérailles sont plus intimes et plus centrées sur la personnalité de la personne disparue. Les familles s’orientent souvent vers la simplicité, dans le choix des cercueils et des ornements par exemple, et s’impliquent dans l’hommage au défunt, lors de la cérémonie, à travers des choix de textes, de musiques originales ou même de vidéos.

La crémation, parce qu’elle n’est pas préconisée par les trois principales religions en France, se prête à la création d’un nouveau type de cérémonies. Les salles funéraires qui se construisent un peu partout en France, auprès des crématoriums, accueillent parfaitement ces nouveaux rituels. Avec les conseils des opérateurs des pompes funèbres, les cérémonies qui s’y déroulent, très personnalisées, s’accordent avec dignité et modernité à la diversité des opinions religieuses ou philosophiques de l’assistance.

 

Une nouvelle façon de se souvenir

Chaque année, de nouveaux jardins du souvenir, où l’on peut disperser les cendres, sont aménagés un peu partout en France, ainsi que les columbariums qui reçoivent les urnes funéraires. Ces lieux du recueillement sont représentatifs de l’évolution de notre société où  la sépulture traditionnelle n’apparaît plus indispensable à la célébration du souvenir. Ainsi, même si 50 % de Français continuent à se rendre dans les cimetières à la Toussaint, 70 % assurent ne pas avoir besoin d’un lieu précis pour évoquer la mémoire de leurs disparus. Ils confirment ainsi que la dispersion des cendres qui suit la crémation est en accord avec les nouvelles attentes de notre société…