De plus en plus de catholiques optent pour la crémation mais ce choix doit respecter les fondements des rituels de deuil qui accompagnent l’inhumation depuis des siècles.

 vitrail de la vie de Charlemagne a Chartres

Le vitrail de Charlemagne à la cathédrale de Chartres (photographie de Mossot sur commons.wikimedia.org)

 

Et si Charlemagne n’était pas responsable ?…

 On a souvent imputé à Charlemagne l’interdiction historique de la crémation mais en oubliant que dans son fameux capitulaire De partibus Saxonie de 722, il interdisait aussi l’inhumation sous un tumulus, c’est à dire sous un monument païen. Charlemagne voulait ainsi forcer les saxons, adeptes d’autres cultes et pratiques funéraires, à embrasser la foi chrétienne et à faire allégeance. En effet les chrétiens, quant à eux, avaient toujours préféré l’ensevelissement des corps, perpétuant en cela la coutume juive (on peut aussi imaginer que la mise en œuvre d’une crémation, avec son importante consommation de bois, dans les terres arides du berceau du Christianisme n’était pas une solution funéraire vraiment adaptée).

 Beaucoup plus tard, les Inquisiteurs catholiques firent de la crémation des cadavres des hérétiques qu’ils faisaient déterrer, un instrument de terreur populaire, voulant faire croire que sans la présence d’un corps, ni la résurrection, ni la paix de l’âme n’étaient possibles.

 En 1886, pour lutter contre l'influence des laïcs libres-penseurs et partisans de la liberté de funérailles, mais aussi pour tenter de conserver son implication dans le déroulement des obsèques, l’Église réaffirma l’interdiction religieuse de la crémation en même temps que le rejet des associations qui en faisaient la promotion. Une fois encore, c’était une décision stratégique car du strict point de vue théologique, rien n’interdit explicitement aux catholiques d’incinérer leurs morts. Ce que confirmera le concile Vatican II de 1963 en autorisant enfin la crémation aux catholiques.

 

 Une préférence ancienne pour l’inhumation plutôt qu’un rejet de l’incinération.

 La Bible évoque peu la crémation des défunts et, nulle part, n’en fait une offense ou un péché. Par contre, quelques textes associent la résurrection aux ossements ou au tombeau. Le premier de tous, partagé par les trois religions bibliques, est celui de la vision symbolique d’Ézéchiel dans la Vallée de la Mort où le prophète décrit le retour à la vie des ossements humains au Jugement Dernier. Ce texte, comme d’autres, a influencé l’imaginaire collectif mais c’est sans doute l’exemple de la mise au tombeau du Christ Lui-même qui inspire le plus fortement la préférence des catholiques pour l’inhumation, souvent assimilée à un long sommeil.

 À partir de Vatican II, avec l’évolution spirituelle de la société, la dispersion des familles, les contraintes économiques ou de disponibilité familiale, la crémation est devenue peu à peu aux yeux de nombreux catholiques un choix funéraire possible. Des enquêtes récentes montrent qu’un Français sur deux serait prêt à choisir la crémation. C’est pourquoi l’Église, même si elle préconise l’inhumation, tolère mieux ces nouvelles funérailles, encore très récentes au regard de sa longue histoire.

 

Quels rituels catholiques pour la crémation ?

 Il faut bien comprendre que le rituel des funérailles de l’Église catholique a été construit autour du respect d’un corps qui a reçu le Saint-Esprit et de son ensevelissement. En cela, la crémation est une demande inédite - exprimée par la famille et acceptée parce qu’elle ne peut porter atteinte à l’âme des défunts - qui  doit s’intégrer au rituel existant et à sa liturgie :

- Le service religieux dans une église se fait en présence du corps même du défunt. Sauf exceptions, comme le rapatriement d'une urne lointaine, le rituel catholique ne peut se dérouler, autour des cendres, après la crémation.

- Comme pour l’inhumation, un temps de prière peut avoir lieu, avant la crémation, dans un salon funéraire, animé par un prêtre ou par les laïcs mandatés de l’équipe funérailles de la paroisse. il faut noter que le salon funéraire n’est pas une chapelle. C'est un lieu neutre, non consacré, qui doit être libéré rapidement par les familles et qui, de ce fait, ne peut accueillir une véritable cérémonie de funérailles.

 - Par respect pour l’intégrité du corps disparu et pour pérenniser un lieu de mémoire pour le défunt, l’Église recommande le dépôt de l’urne en columbarium, au pied d’un arbre de jardin funéraire ou en caveau plutôt que la division des cendres ou leur dispersion dans un espace public autorisé.

 Aujourd’hui, l’Église travaille encore à mieux accompagner la crémation et réfléchit à la façon d’apporter plus de réconfort spirituel aux familles dans le temps très bref, et très nouveau, qui est celui de la crémation, par rapport aux étapes du deuil liées à l’inhumation.